Sur l’île ronde

Ecrit pour un atelier d’écriture . Non, en fait, je ne devrais pas dire cela. Ce texte est écrit pour toi et je l’aime bien. Qu’en penses tu ?

Consigne :

La mer est nourricière, l’Homme est inventif.

SUR  L’ILE RONDE

Ta bouche mon plancton, j’attends sur l’île ronde.
La planète s’est pacifiée, d’un coup de tête. On aurait pensé qu’avec beaucoup de temps, de l’eau dans nos encriers. On aurait cru aux déluges, toute cette incompréhension fortuite et la déguisée.

Sur l’île ronde j’attends le monde, mon monde d’enfin. Ta bouche frôle mes algues, dans mes mains coulent.
La planète pacifiée, l’Humain l’a inventée.
Avons nous attendu trop d’années ?
Sur terre trop restés ? Creusant nos différends, bazardant nos printemps, pollués que nous sommes.

.
Mon corps se soulève, dans ton coquillage j’entends l’océan.
La vie ne fut pas brève, les autrefois se récitent encore dans les champs de coraux naissants. Car tout est à nouveau possible.
Dans tes bras salés je fonds, je respire sans plus penser.
Mon monde pacifié, tes silences, nos temps sans rien. Qui plaisent et nourrissent.
Enfin se tait l’humain.
Au dehors, d’en dessus, on ne voit rien. C’est le but. L’homme a ses trésors cachés.
Plus de chasse, que des pêcheurs délavés, yeux mouillés, remettent au port les armes rouillées.
Le monde s’est pacifié. Oui, cela n’a pas pris le temps qu’on aurait cru. Qui croyait ?
Personne.

.
C’est venu de tous, tout le monde s’est mis à l’eau, à l’envers, de travers, les marges ont sauté, sur tous les bords la place il y avait.
On ne voyait pas. On creusait des tombes. On saturait l’atmosphère. Toi. Et. Moi.
On manquait cet air, on le manquait à chaque fois. Je croyais tenir, je croyais te vouloir, je croyais t’aimer mais je faisais la guerre. Parfois même sans y penser.

De loin sont venus les plongeons, les identitaires les premiers, les sans papiers étaient déjà trempés. Rien d’autre à demander.
Le Monde n’a rien dit. Il a su laisser taire.
J’ai rejoins le ponton le jour du 13 mai, après la troisième sortie sur les cartes.
Les écrans, ce même jour, se sont tous éteints. Pas d’alerte, pas d’urgence. On a su que c’était le moment. Toi. Moi.
Sur le ponton nos pieds ont glissés et, c’est drôle, personne n’avait peur. Je l’ai tout de suite remarqué. J’ai alors compris que tous ces séismes nous avaient portés, nous avaient installés, déjà, en cet endroit.

L’homme est inventif, ta main est nourricière. Tu pourras toujours revenir en arrière mais tu ne pourras pas.
Mais on ne parlait pas. Une terre muette de sa colère, dépassée déjà.
Un monde pacifié, remonté en surface pour nous accueillir, sous-marin de nos profondes pensées, inconscient révélé.
Sur le ponton douce était la lumière. Tu as toujours aimé les traversées.
Glisser serait ton affaire. Dans ce monde pacifié.
L’homme avait tourné longtemps autour, sans trouver.
Glissent les étoiles en mer autour de moi, sur l’île ronde où je te vois tout bas. Toi.

Ces lumières. D’amour versé.
Ces continents, de nouveaux tracés.

Dans le corps du nouveau monde où nous sommes abrités. Brillent. Les carapaces éventrées revivent balancées par les marées. Tournent. Les mots où tout est possible. Sirène, de ma peau dictionnaire je te recouvre.
Ni froid ni chaud, dans le monde pacifié, personne ne se plaint.
On cherchait la tempérance. Il suffit des courants. Chacun le sien.

Algues marines, jambes mêlées, sans retenue je ne quitte plus.
Je me fais de ce que je suis faite. Je ne serai plus jamais perdue.

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3 réflexions sur “Sur l’île ronde

  1. Bonjour,

    J’ai bien aimé ce texte et d’autres encore, ici. Pour mon goût, les trois premières strophes auraient suffit. Merci, pour ces instants fluides.

    • Merci de ce commentaire avisé, bien visé. J’aime beaucoup les choses courtement écrites et qui emmènent laissant libre les yeux. J’approuve donc d’autant votre avis.

  2. OH et puis je vois que vous avez
    Ernest Pignon Ernest
    dans votre liste de blogs..
    Un de mes « maîtres », un de ceux qui. IL y a longtemps, très. Mais toujours.

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