le rêve au bord

j’ai refait ce rêve du bateau qui arrive vers l’île maternelle. C’est sans aucun doute le souvenir le plus marquant de ma vie, ancré dès le départ dans ma mémoire, avant même que je naisse. C’est l’évocation puissante du retour et de l’île. Des racines et des odeurs, de la beauté au petit jour quand la côte apparait progressivement. C’est un sentiment d’amour passionnel doublé de chagrin à vie. Car on sait déjà qu’il faut repartir un jour. C’est la tension unique de retrouver la fusion charnelle, sensuelle à son comble sur ce rocher de mers vertes et de montagnes gorgées de torrents.

Cette fois, comme souvent, ce sont les maisons qui sont au premier plan de mon rêve. Elles sont très colorées, roses, jaunes, bleues, rouges, ocres, beaucoup de roses, la maison familiale avait cette couleur. Elles sont alignées comme des jouets d’enfants, comme une peinture naïve. On peut presque les toucher tout en étant encore sur le pont du paquebot.

Une émotion dévorante m’étreint. Il faut pleurer, pleurer totalement, rien ne peut se contenir, c’est un chavirement. Ces larmes sont le coeur même, sont mon corps. Un corps ne peut pas toujours tout vivre intact. Ma personne entière et son enveloppe se dissolvent en regardant le bateau approcher, le port, les maisons elles mêmes viennent vers moi. Je retrouve les morts. Sans les voir encore, sans en être consciente clairement, mais cette joie c’est bien cela. Il n’y a plus deux mondes qui nous séparent. Ici, dans ces rues, au bord de l’eau, quand terre se touche, jaillit l’éternel présent de nos vies, jaillit une vérité qui s’arrache de moi, qui transfigure tout ce que j’ai cru et vécu autrefois. Ici nous nous retrouvons et tout ce qui nous a meurtris, blessés, éloignés, défigurés, disparait, se révèlant n’être qu’une facade brouillée derrière laquelle existait ce que je vois, ce que je vais avoir pour moi, ce que j’ai enfin le droit de vivre.

Cet instant est définitif et fragile au point que je craigne que mes larmes et la dissolution de mon corps ne fasse disparaître la magie, le cadeau qui m’est donné. Je ne veux rien faire qui puisse bousculer et altérer cette chance. Je dois me fondre dans le moment, être le paysage lui même, être chaque maison chaque rue et elles toutes en même temps car dans ce monde qui m’accepte là, rien n’est dissocié, tout est pureté qui enveloppe tout dans sa bulle.

Il fait beau. Le bateau bouge je le sens, le paysage est mouvant, il glisse et me caresse. Dans cet air, je le suis. Je ne sais plus qui bouge de moi ou du paysage, du bateau ou des maisons, des quais où accoster. De ce petit espace encore entre nous où le chagrin trouve sa place et habite, de mes larmes de joie ou de peur. L’appréhension de la rencontre, me fondre dans cet univers, basculer pour toujours. Ce sentiment que les déchirures ne seront plus et qu’il n’y ne faudra plus jamais, ni rien ni personne, quitter.

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2 réflexions sur “le rêve au bord

  1. Bon. Faut que je te dise. Ça fait quelques mois que ça se prépare, mais je vais sur ton île en avril…Je n’arrête pas de penser à toi. C’est un voyage particulier parce que ce n’est pas moi qui ai choisi la destination, ce n’est pas moi qui organise, ce n’est donc pas « mon » voyage et je n’arrive pas à m’emballer pour lui. Je crois que ton île devra me séduire pour que je tombe dans ses filets. J’y vais comme à reculons. J’ai pourtant la sensation qu’il va se passer quelque chose. J’ai les billets du bateau dans le tiroir et l’adresse des gites. On part deux semaines. Au nord. C’est pour ça que c’est réservé sur le calendrier BK. Premier départ ailleurs qu’à l’ouest depuis 2001…

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