S’en aller et quelque part et de là

Le dernier jour tout est pesant

L’envie n’est plus, il faut redevenir grand et connaître le partir

Partir même un moment est toujours définitif sauf pour les inconscients

Le dernier jour tout est de trop on ne sait plus se poser

Je suis déjà loin sans le vouloir vraiment

Tout pousse dans le dos et s’accroche bêtement

Chaque jour il y a pourtant un dernier jour d’un dernier instant

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Encore

Inconsolable du silence

Sans doute d’une soeur et d’un frère que je ne trouverai pas disparus dans des entrailles maternelles gonflées de silence qui tue

Inconsolable du silence je dois écrire me tailler la part du loup à grand pas bazarder encore tracer vers ce vide tailler mes routes comme des veines bleues coulées vertes réveiller les morts revivre tout

Taste me and dance

 

Il y a ce temps qui est passé et nous savons tous à quoi il mène

La réalité est vaine

L’amour prend le pas

L’A-t-on aimé plus que ça ?

Dans un autre pays les angles glissent autour de moi.

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Parler au brouillard

Le silence est-il gorgé d’amour ?

Le silence est-il un monde parallèle en attendant de se retrouver où chacun moisit son silence ?

Le silence est-il un abandon, est-il une rupture de toutes façons ?

De quoi le silence rompt ? De qui sur quoi tous les jours à sa façon.

Le silence est-il nonchalant parce que je ne sais plus comment aimer ?

Le silence est-il en retour

Est-il repu de son absence

Qui est le silence ?

Le silence me voit-il ?

Le silence arme-t-il en secret quelque projet de vengeance ?

Le silence existe-t-il vraiment ou n’est-il que le fruit d’une ou deux imaginations (parfois dans la même tête) ?

Le silence pose-t-il un voile et sur quoi ?

Se taire est-il moins dangereux que s’exprimer, surtout quand on aime ?

Le silence se sent-il rejeté quand je lui pose toutes ces questions ?

Le silence rompt le jeûne quand disparu, le sentiment vaque ailleurs et a tout oublié.

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Ce que

Ce que

Entre

Ce que nous intérieurs

Froissés comme des dragées dures

La marge entre tout

Ce que nous sommes

Ces épluchures en strates

La brisure entre

Sur le papier on la marque

Ce que

Pour exister il nous faut donc tant cacher tant protéger

Le cadre extérieur intérieur

Les strates en parois

De résister

Effacer surnager

Se voir ne pas se voir

Tel qu’on se montre puisque je ne peux pas me regarder

Seulement toi

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dans les branches

Posées sur leur duvet les idées dégoulinent

Elle regarde les arbres très hauts et le bruit du ruisseau devenu large

Elle a un coeur d’histoires, faut-il des phrases simples sans penser où elles iront ?

Chez soi

La douceur s’était arrêtée devant la porte. Un rai de lumière au dessus du paillasson. Invisible elle s’agenouille et glisse un regard dans le blanc qui transperce et pique un peu. Derrière la porte, malgré des encombrements et des apparences, des facades et des empilements,  tout est vide, pas de véritables meubles, pas de bon four dans la cuisine, pas de fauteuil et rien pour écouter de la musique. Pas de fenêtre qui s’ouvre  non plus, pas de chat, pas de plante ni de fleurs, pas de manteau ni de gros pull accrochés dans l’entrée. Il y a mais c’est factice et la douceur a le nez pour voir ça. Trop de choses dérangées, tout bouge et ne reçoit rien, tout est malmené. La maison est en apnée, tous les miroirs tournent la face.

Elle se relève un peu déçue, très même, la douceur a toujours besoin d’un lit. Non, pas de lit non plus là dedans, ni d’oreillers moelleux, juste des ressorts dans un matelas qui ne rêve pas. Elle marche à reculons, silencieuse, elle n’a rien à donner dans cet endroit, son propriétaire n’est pas prêt. Sur la pointe des pieds elle s’en va. Encore un humain qui ne sait pas s’habiter.

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Quand c’est possible

Les mots blessés qui ne savent rien, se nettoient à la pelle et tu te baisses tout bas.

Je ne dis rien. C’est le blanc d’émotions le blanc pâle prêt à beaucoup défaillir ces cris à laisser.

Il ne faut pas tant souffrir pour le dire il faut encore avoir cette marge, celle à gauche de la page pour le souffle

Il faut pouvoir pleurer et non s’en retenir ou être asséchée

Il faut cette corde tendue juste à l’horizontale comme celle de l’archet

Pour que flèche soient les phrases juste entre les mots, les lettres de ce plein coeur

La passion

Sur le plancher le dos éraflé, au sol à genoux les collants dégrafés à peine arrivés, sur la table dans la moiteur asiatique où tout aurait pu s’arrêter il n’y avait plus de cercle j’avais dansé sous tes yeux affamés face à tous et nous seuls rentrés évadés se foutant de tout ma robe relevée dans la cuisine prête au  festin du monde

De face de dos, contre le mur sous la pluie diluvienne que vienne le dernier de nos désirs et que nous mourrions agressés par tant de corps debout couchés encore  esclaves de nous

Sous la moustiquaire de toi emparée sous les draps,  sur le couvre-lit khmer qui me tatouât le dos de ses drapeaux pendant deux jours lavés ruisselants au tout début de l’innocence remplie jusqu’à la mort de mon âme que tu voulais posséder faisant semblant de rien alors que tout était déjà là

Sur le matelas au sol bleu attachée relâchée débauchée folle en plein hiver dans le manteau de fourrure au col relevé seuls morts vivants perdus extrêmes et têtus condamnés

Ma main la première fois sur ta nuque dans la nuit pleine du Mékong et ta voiture roule et déjà je pressens que nous allons que tout s’abattra sur nos têtes sans que rien jamais nous ne pourrions rien les reculons les avancées qui poussent repoussent l’ultime tranchant celui qui dure et dure à tous les coups les revenir les repentirs dans l’entrée du premier appartement où tu demandes déjà pardon où j’aurais dû mais il fallait tout il fallait tout entre nous et rien rien n’aurait pu le retenir.

Ce n’est pas de l’amour ça madame c’est des puits sans fonds on s’y adosse et on y glisse toutes les preuves d’existence et puis on recommence et puis on recommence jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’indices et qu’on soit au fond transparences livides, éclatée en ce qu’on avait donné sans comprendre ce désir qui tirait vers l’impasse qui disait sans mentir qu’on ne serait rien rien sans lui rien

Pêche des mots

Je suis à la pêche à la pêche dans le filet des histoires que je relâche volontairement.

Qu’elles retournent dans mon ventre comme des poissons pas mûrs qui ont encore besoin de leur maman.

Passerelle sommes nous elle

Passereaux sommes nous beaux

Sous le manteau les coeurs hauts

Passerelle sur les tombeaux, sur les grives et les merles

Passerelles sous les orages sous les maux

Passants refroidis sous la pluie de juillet

Trottant bien rebondis dans leurs pensées en bosses

Passerelles collines noyées j’avale le goutte à goutte sous mes pieds

 

celle qui reste

Elle vient comme une rose

Elle vient comme un tournant

Elle guette comme une aveugle

Elle vient comme une rose un soir d’été dans mon appartement

Elle marche dans l’entrée, dans le couloir, elle s’assoit sur le lit de ma chambre

Se détache nettement dans l’ombre d’un rai de soleil rouge couchant

Elle connait mes vêtements, ma masure, les plaies au mur qui s’effritent, elle me rassure et m’inquiète en même temps

Elle vient comme une rose puis par la fenêtre s’envole

Cette âme qui dure douce inconnue reflet la nuit goûteuse de rêves avide d’infini

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Fragmentations fragments

C’est comme je ne sais pas ce que

J’attends de moi est indéfiniment moi et parfois

C’est long et courtois cet amour de ce qui me va et lente est la révérence du sol au plafond elle s’élance

Pour me saisir il faut plus que deux mains il faut ces je ne sais ce qui viendra

J’ai peur de ce qui expire j’ai peur de ce qui me trouble ce trouble est embarrassant comme un grand diamant il est mon autre existence celle qui revient de loin et prend tout ce qui me rend

Inaccessible inaccessible inaccessible comme un grand accident